Création plastique, traites et esclavages

 

20,00 euros / 206 p. (10 articles)

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Avant-Propos

Des recherches et des travaux toujours plus nombreux se développent et se multiplient pour dire l’histoire concernant les traites et les esclavages. Ce sujet n’est jamais simple et l’art et la manière de dire l’histoire, notamment celle-là, fait l’objet d’un débat constant parmi les écrivains, ceux qui pratiquent le langage de l’écriture. La revue des Cahiers des Anneaux de la Mémoire fondée en 1999 et qui en est aujourd’hui à sa dixième année d’existence a déjà publié plus de 150 auteurs de toutes disciplines qui ont expérimenté des méthodes et apporté des réponses à ce débat à travers leurs écrits.

Cependant, nous savons depuis toujours et à plus forte raison aujourd’hui qu’il n’y a pas que le langage des mots qui sache dire, il y a aussi le langage des images. Les écrits témoignent depuis toujours de la réalité d’une humanité servile, les images aussi. Depuis les temps anciens, comme dans l’art égyptien, et jusqu’à aujourd’hui, des plasticiens ont réalisé des représentations selon des codes dont nous sommes les héritiers et qui témoignent « de la longue durée de la mise en image de la condition servile ». Les plasticiens d’aujourd’hui ne sont plus seulement dans la représentation d’une réalité historique, mais aussi dans la représentation d’une mémoire.

C’est pourquoi la mise en image de la traite et de l’esclavage fait débat de la même manière que sa mise en écriture par les écrivains. « Est-ce que la visualisation de la traite et de l’esclavage est représentable ? » « Faut-il revisiter à l’infini la souffrance du passé ? » Ou faut-il plutôt nourrir la conscience des spectateurs comme des écrivains le font pour des lecteurs ? Comment nourrit-on la conscience avec des images ?
Ces questions ne sont pas seulement théoriques. Lorsqu’il y a 17 ans, l’association des Anneaux de la Mémoire a réalisé à Nantes une des premières expositions grand public sur la traite et l’esclavage et qu’il fallut définir la méthode pour dire l’histoire et l’art de la dire, la conception et la réalisation de cette exposition ont nourri des débats qui ne furent pas seulement historiques. Aujourd’hui, des initiatives toujours plus nombreuses se multiplient dans les arts visuels pour poursuivre et développer le travail d’histoire et de mémoire et le débat qui s’amplifie devient de plus en plus nécessaire.

C’est à cela que nous souhaitons contribuer avec la parution de ce Cahier réalisé grâce aux contributions des dix auteurs que nous publions. Ces historiens de l’art et critiques d’art ont toute leur place dans la revue car à travers le langage par l’image des œuvres et des artistes plasticiens qu’ils nous font découvrir et qu’ils analysent, ils interpellent non seulement nos connaissances et nos méconnaissances, mais aussi nos mémoires.

Ils ont aussi toute leur place dans la revue car ils illustrent parfaitement les perspectives que les Cahiers proposent au travail de mémoire. En effet il s’agit pour nous de connaître et de reconnaître le passé avec les devoirs que cela implique en prenant la peine de les identifier avec pertinence. Il s’agit aussi de s’en instruire sans craindre d’affronter toutes les questions d’importance que ce sujet inspire sur nos sociétés et notre humanité.

L’histoire de l’humanité est lourde de crimes et de déshumanisation. Pourtant des survivances se sont imposées et la créativité ne cesse d’éclore. L’art en général en est une illustration éclatante et encourageante. Les arts plastiques sont l’exemple que nous proposons dans ce numéro.

Avant de laisser la parole aux auteurs, rappelons que cet exemplaire a été construit comme les précédents et qu’il est le résultat d’un travail collectif.

Nous remercions d’abord la rédaction dont la compétence et le talent offrent ce beau résultat.

L’association a soutenu sans hésitation la réalisation de ce numéro largement illustré et doit être remerciée pour sa fidélité au projet des Cahiers des Anneaux de la Mémoire qui dure depuis 10 ans.

Nous tenons aussi à remercier le musée Dapper pour son soutien ainsi que madame Falgayrettes-Leveau pour ses encouragements et ses précieux conseils.

Enfin, il faut présenter Carlo Avierl Célius qui se fera mieux connaître à travers l’article qu’il nous propose, car il a été le maître-d’œuvre de cette puissante réflexion sur les arts plastiques. Nous lui laissons volontiers le soin d’introduire cette réflexion.

Jean-Marc MASSEAUT
Directeur de rédaction
Des « Cahiers des Anneaux de la Mémoire »

 

Sommaire

Didier LAHON
Saints noirs et iconographie durant l’époque de l’esclavage
dans la Péninsule Ibérique et au Brésil, XVIIe-XIXe siècles.

Cécile-Alice FROMONT
Icônes chrétiennes ou symboles kongo ?
L’art et la religion en Afrique Centrale au temps de la Traite, XVIIe, XVIIIe siècles.

Carlo Avierl CELIUS
« L’art » en situation coloniale esclavagiste. Saint-Domingue, XVIIIe siècle.

Ana Lucia ARAUJO
De victime à résistant : mémoires et représentations de l’esclavage
dans les monuments publics de la Route des esclaves.

Roberta CAFURI
La migration des symboles.
La diaspora vue par des artistes au Bénin et Sénégal.

Jean-Philippe UZEL
Willie Cole : les objets déportés.

Dominique BERTHET
L’insondable blessure.

Patricia de BOLLIVIER
Au fil de la mémoire, Bouts de bois hurlants et Ligne bleue héritage…
Sculptures et installations de Jack Beng-Thi.

Christoph SINGLER
Mémoire donnée en partage. Représentation de l’esclavage chez Vincente Pimentel.

Jacques GOURGUE
De l’esclavage en peinture.

Les autres numéros des Cahiers

Les Cahiers des Anneaux de la Mémoire
n°12